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Le laboratoire
Architecture du laboratoire
Paul Tournon, gendre d’Edouard Branly et concepteur et réalisateur de du laboratoire disait :
"Un laboratoire est un être vivant dont le cerveau est le savant, les divers fluides, le sang, et les muscles, les
moyens mécaniques mis à la disposition de l'expérience. L'architecte à qui incombe la redoutable charge de concevoir
et de réaliser un laboratoire doit, sans négliger quoi que ce soit de sa construction et de ses installations, compter
pour déterminante l'atmosphère qu'il y aura créée. C'est elle qui donnera au savant, à son insu sans doute, la joie de
vivre, et facilitera son effort en le mettant dès la porte franchie dans l'état de grâce d'un beau jour."
C’est donc dans cet esprit que, cinquante ans après la promesse du recteur de l’Institut Catholique d’un laboratoire
bien équipé, Paul Tournon entreprit en 1932 l’édification du nouveau laboratoire d'Edouard Branly.
Cette réalisation fut possible grâce à François Coty qui voulut offrir à l'initiateur de la T.S.F. un lieu de travail
digne de sa science. L'emplacement du nouveau laboratoire devait tout naturellement se situer dans l’Institut
Catholique de Paris dont les murs étaient les témoins de la plupart des travaux scientifiques du physicien. Il fut
aussi entendu, aux termes des réserves faites par le donateur, que le laboratoire deviendrait à la mort du savant le
Musée Branly, et que d'emblée une des pièces principales serait aménagée avec des vitrines destinées à recevoir un
grand nombre d'appareils conçus lors des découvertes.
Les plans furent achevés en Janvier 1931. Le nouveau projet reçut toutes les approbations, et reste encore aujourd'hui
un témoignage de la très grande qualité de la recherche architecturale des "années 30" : nouveaux matériaux et idées
originales s'y conjuguent efficacement.

Le nouveau laboratoire fut conçu en béton — matériau contemporain. Trois entrées furent prévues : dans l'axe,
celle du laboratoire ; à droite, près de l'arbre, l'entrée privée du bureau du savant ; à gauche, celle du Musée.
Quelques marches et deux bacs à plantations donnaient un supplément de charme à cet accès. L'édifice de béton
comprenait un sous-sol et un rez-de-chaussée couvert en terrasse ; les fenêtres à guillotine et les quatre hublots
marquaient avec distinction le style des années 30.
Dès le début du projet Branly avait exprimé son souhait de toujours : "Donnez-moi une petite pièce de travail et le
moyen d'avoir des appareils assez stables pour que mon galvanomètre puisse me servir à quelque chose". On conçoit que
le moindre ébranlement des instruments de mesure et des objets mesurés pouvait avoir des effets perturbateurs sur les
expériences très précises qu'il avait entreprises dès cette époque.
L'architecte songea donc en premier lieu à la stabilité des tables de travail, et n'hésita pas à en construire quatre
fondées directement sur la roche, à une profondeur de 12 mètres ; les piliers étaient totalement indépendants du reste
de la construction et pris dans des puits de maçonnerie ; un joint de dilatation les isolait des planchers du
laboratoire.

Le savant demanda aussi une salle séparée de toute influence électrique. L'architecte imagina une salle de cuivre
fermée hermétiquement par des hublots : véritable cage de Faraday, pourvue aussi de tables aux fondations spéciales.
Toutes les surfaces, plancher, murs et plafond, furent recouvertes de cuivre ; les plaques de ce métal qui
garnissaient les hublots étaient reliées par câbles, de part et d'autre des charnières, au revêtement des parois.
Le sous-sol, en fonction de magasin permettait de classer les appareils ayant servi dans l'ancien laboratoire, et
d'en fabriquer de nouveaux.
Au rez-de-chaussée, Branly, par son entrée particulière, disposait d'une salle d'attente, d'un vestiaire-toilette, et
d'un beau bureau. Trois fenêtres à guillotines éclairent cette pièce. Sur l'une, ouvrante, Branly plaçait
parallèlement sur une tige horizontale, à fins de comparaison, les thermomètres à base métallique objets de ses
dernières recherches. Un buste à l'antique, en pierre, sculpté par Carlo Sarrabezolles, fut placé devant l'une de
celles qui s'ouvraient sur les arbres et le campanile des Carmes. Elisabeth Branly, peintre humoriste, offrit à son
père une fresque sur laquelle "Zeus voit, impuissant, Branly s'approprier ses foudres".
Le savant aimait se tenir assis à son bureau, écrivant sur un petit pupitre de bois. Ce lieu était pour lui empreint
de sérénité et d'harmonie. Dès qu'il disposa de ce laboratoire, il ne voulut plus partir en vacances, si ce n'est
pour résider avec sa famille, tard dans la saison, à Ville d'Avray.

La salle de cuivre, recouverte en totalité de ce métal, communiquait avec le bureau et le grand laboratoire.
Branly y faisait de nombreuses recherches, travaillant avec une grande joie dans ces conditions exceptionnelles
d'isolation. La surface étant de 4m sur 7m 50, deux tables aux fondations spéciales furent placées sur l'axe médian
de la pièce, permettant des expériences à distance. Deux hublots à double paroi (de verre et de cuivre) étaient
munies de fermetures hermétiques du modèle utilisé sur les bateaux. Cette pièce toute en cuivre avec ses hublots
étanches était d'une parfaite originalité. Le sol, du même matériau, fut recouvert de linoléum. Des boules opalines,
commandées par interrupteurs extérieurs, éclairaient les tables d'expérience. Les grosses tuyauteries de chauffage
accentuaient l'aspect naval du lieu.
Le grand laboratoire, avec cinq fenêtres ouvertes sur l'extérieur, était entouré de vitrines. Ses deux tables à
fondations spéciales étaient toujours couvertes d'appareils.
La salle du dernier préparateur de Branly, Ernest Gauthier, était adjacente au grand laboratoire et au Musée. Un
escalier y donnait accès au magasin du sous-sol, où les appareils pouvaient être rapidement choisis ou agencés en
vue des expériences programmées par "le Professeur" ; un certain nombre de ces appareils furent sélectionnés pour
être placés dans le futur Musée.
Ainsi, ce grand savant put voir se réaliser, pour quelques années, un rêve qui lui tenait à cœur depuis longtemps,
mais qui avait pris corps bien tard, l'année 1939 mettant fin à tout projet d'avenir. Edouard Branly ne survécut pas
à ce qui était pour lui la troisième guerre. Avec lucidité il voyait les conséquences militaires de la commande à
distance sans fil, et son regard devenait sombre.
Aujourd’hui, une école d’ingénieur, l’Institut Supérieur d’Electronique de Paris, est installée dans cet ancien
laboratoire. Seul le Musée Branly reste, enrichi grâce à plusieurs donations de la famille du savant, d'ouvrages et
d'œuvres d'art. L'Association des Amis d'Edouard Branly y a son siège social, et patronne des réunions scientifiques
et des visites qui s'y déroulent. L'entrée reste cependant celle qu'avait utilisée le savant.
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