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La Biographie d'Edouard Branly




Il est juste que le Musée consacré à Branly soit aménagé au sein de l'Institut Catholique, où cet homme a travaillé pendant près de soixante-cinq ans, et où il a fait ses principales découvertes et inventions. Mais il reste étonnant qu'Edouard Branly n'ait pas dans la mémoire collective la même place que Guglielmo Marconi. On a repris le terme dont il avait usé le premier en baptisant ses appareils, mais qui songe en prononçant le mot "radio" qu'il rend hommage à celui qui découvrit les radio-conducteurs ? Branly fit plus encore, et réalisa ce qu'il appelait la télémécanique, et que nous appelons la télécommande ; mais qui songe à l'inventeur de celle-ci lorsqu'il l'utilise pour choisir sa chaîne de télévision, ouvrir la porte de son garage ou envoyer des ordres à un satellite en route vers Vénus ou Mars ?

Rappelons quelques traits de la vie de ce savant.

Son grand'père était un ouvrier agricole picard. Son père, instruit au séminaire d'Arras, put devenir instituteur avant d'enseigner au Collège Royal d'Amiens. C'est en cette ville que naquit Edouard Branly. Grâce à un travail soutenu son père finit sa carrière comme professeur au Lycée de Saint-Quentin, où Branly acheva ses études secondaires, avant d'aller à Paris préparer le concours de l'Ecole Normale Supérieure, où il fut admis le 2 Novembre 1865.
Il avait été élevé dans cette modeste bourgeoisie catholique, fidèle au trône et à l'autel, qui ne roulait pas sur l'or ; c'était aussi le cas de son professeur de chimie à l'Ecole Normale, Louis Pasteur. Il devait se ranger au côté de celui-ci dans la fameuse "affaire Sainte-Beuve", où l'on vit la majorité des jeunes normaliens manifester contre l'Empire. Plus tard il opta de même en faveur de l'Institut Catholique, qui venait d'être fondé, en quittant la Sorbonne laïque après y avoir accompli les années qu'il devait au service public, aux termes de son engagement de normalien. Les universitaires de la Troisième République, volontiers anticléricaux, lui en tinrent rigueur, ce qui pourrait expliquer leurs réticences devant ses découvertes, et la méconnaissance qui s'en est suivie.

A sa sortie de l'Ecole Normale il enseigna quelques mois au Lycée de Bourges, puis fut rappelé à Paris par un des professeurs de physique de la Sorbonne, Paul Desains. Il participa en 1871 à la défense de Paris, comme ingénieur- observateur au fort de Romainville. La paix venue, il resta quelques années auprès de Desains, puis démissionna de la Sorbonne pour des raisons à la fois personnelles, confessionnelles et professionnelles. Il entra à l'Institut Catholique, et y fit son premier cours le 29 Décembre 1875.

Ce choix lui réservait quelques difficultés, qu'il put surmonter grâce à sa passion du travail et à son aptitude à l'organiser. Très tôt l'Institut Catholique se trouva menacé par des problèmes de financement. Pour assurer ses moyens d'existence et son indépendance, Branly prit la décision surprenante de faire sa médecine. Il est possible que son frère Edgar, qui allait soutenir sa thèse en 1877, l'y ait incité, en lui inspirant la formule : "La médecine est extrêmement scientifique, mais les médecins le sont-ils ?". Il y avait aussi l'exemple de son professeur de chimie à l'Ecole Normale, Pasteur, qui commençait à révolutionner la médecine et surtout, à ce moment-là, la chirurgie, en préconisant l'asepsie ; le rude combat qu'il allait mener pour établir l'origine microbienne des maladies attirait l'attention. Si un chimiste révolutionnait la médecine, pourquoi un physicien ne s'engagerait-il pas dans cette voie ? Peut-être Branly envisageait-il aussi de réintégrer éventuellement l'Université en devenant professeur de physique médicale à la Faculté de Paris. Quelle que fût sa motivation, il entreprit ses études de médecine en 1877, et fut reçu Docteur en 1882. Sa thèse, que l'on peut voir dans une des vitrines du Musée, apportait une nouvelle méthode de dosage de l'hémoglobine, et précisait l'intérêt de ce dosage chez les malades anémiques. La technique préconisée, assortie d'observations cliniques judicieuses, fut reprise, après une éclipse, avec quelques améliorations ; cette thèse fait honneur à son auteur.

Pourtant Branly ne devait se décider à exercer la médecine que quatorze ans plus tard, sa situation matérielle et celle de l'Institut Catholique s'étant améliorées entre temps. Il revint donc exclusivement à la physique, et se consacra avec passion à sa double mission d'enseignant et de chercheur. Il faut s'arrêter un instant sur son extraordinaire capacité de travail. Même pendant ses études médicales il fut à l'Institut Catholique un enseignant ponctuel, écouté, recherché ; et cependant, redevenant étudiant, il retournait le soir à l'hôpital suivre la contre-visite, ce qui témoignait d'un zèle remarquable. Cette capacité de travail s'affirma de nouveau lorsque vers 1896 il décida de mener de front ses activités de physicien et de médecin : il continuait son enseignement et ses recherches à l'Institut Catholique, mais quatre fois par semaine il recevait des malades dans le cabinet qu'il avait ouvert dans le XVIIe arrondissement. Il s'intéressa à la conduction nerveuse, pensant qu'il y avait une analogie entre les phénomènes paralytiques transitoires et réversibles, dont souffrent certains patients, et les alternances de fonction, conductrice ou isolante, de ses radioconducteurs. Il étudia longuement l'électrothérapie, traitement de diverses maladies par différentes variétés de courants électriques. S'il fut un excellent médecin, comme en témoignent les nombreuses lettres de reconnaissance qu'il reçut d'anciens malades, il fut sans doute déçu de ne pas avoir fait de grandes découvertes dans ce domaine, à l'inverse de son ami A. d'Arsonval.

Les menaces qui avaient pesé sur l'Institut Catholique à son origine se ravivèrent au début du XXe siècle, lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le savant, qui risquait d'y perdre son laboratoire, vit sa position se raffermir grâce à l'appui de la comtesse Greffulhe, écoutée par A. Millerand ; celle-ci, en 1905, avait organisé avec Bunau-Varilla, directeur du journal Le Matin, la séance d'expériences publiques de télémécanique dans l'ancien Trocadéro, dont le retentissant succès assura définitivement la célébrité de Branly. Les honneurs officiels tardaient cependant, sans doute en raison de la vieille hostilité des anticléricaux. En 1909 le prix Nobel de physique devait récompenser la découverte et la mise en œuvre des ondes électromagnétiques. Quatre savants y avaient contribué. Maxwell, en 1866, avait démontré théoriquement l'existence de ces ondes ; Hertz en avait apporté en 1888 la preuve expérimentale, et son nom leur est resté attaché. Branly avait découvert en 1890 les radio-conducteurs, qui avaient permis de les utiliser et se trouvaient de ce fait à l'origine de la radio. Marconi enfin en avait réalisé à partir de 1898 les applications pratiques. Le rapporteur proposa Branly, Marconi et Poulsen (Maxwell et Hertz étant morts). Mais Branly fut évincé, faute du soutien des membres français du jury. Il eut enfin pour revanche et légitime fierté, en 1911, son élection à l'Académie des Sciences, face à une concurrente à sa mesure, Marie Curie. Par la suite, la moisson des honneurs témoigna de sa notoriété, non seulement en France, mais dans le monde ; et le gouvernement français la ratifia en lui décernant, en dépit de sa tiédeur républicaine, la grand'croix de la Légion d'Honneur, et, à sa mort survenue le 19 Mars 1940, les obsèques nationales.

Plus tardive encore fut l'amélioration de ses conditions de travail. Il avait quitté la Sorbonne avec l'espoir de disposer à l'Institut Catholique d'un laboratoire perfectionné pour ses investigations ; il devait le réclamer plus de cinquante ans, avec parfois des démêlés homériques avec l'un des recteurs, Mgr Baudrillart. Ces plaintes lui étaient inspirées par sa prédilection pour les recherches expérimentales. Il aimait fabriquer lui-même le matériel nécessaire, dans un véritable atelier où il se plaisait à manier la lime ou le brunissoir ; beaucoup d'appareils et d'objets que l'on peut voir maintenant dans les vitrines du musée sont l'œuvre de ses mains, ou ont été élaborés selon ses directives, si bien qu'ils jalonnent les étapes de ses découvertes, comme le montrent les notices descriptives. Sa passion pour son laboratoire l'avait déterminé à s'y rendre tous les jours, même le Dimanche, après la messe, et cela pendant plus d'un demi-siècle. A la fin de sa vie on l'entendit sur les ondes qu'il avait su capter prononcer ce message testamentaire :"La paix se gagne comme la guerre, et sa seule arme est le travail. En détourner un peuple, c'est le désarmer et préparer sa servitude ; le lui faire aimer, au contraire, c'est le rendre fort et maître de ses destinées".

Les liens familiaux comptaient beaucoup pour lui. Il avait épousé à Verdun, en 1882, Marie Lagarde, et s'était installé avec elle 42 avenue de Breteuil, dans le 7e arrondissement. Ils eurent trois enfants : Jeanne, née en 1883, Etienne venu deux ans plus tard, Elisabeth enfin, née en 1889. Lorsque Branly perdit sa mère, en 1890, et que son père se décida à quitter Saint-Quentin, il déménagea pour l'accueillir et s'installa 21 avenue de Tourville. C'est de là qu'il se rendait à pied au laboratoire, en suivant la rue de Babylone ; il accompagnait souvent ses filles à leur école de la rue de Rennes, sur son passage. La famille passa bien des vacances en Bretagne, au Val André ; mais une fois l'installation faite, au début de l'été, le savant revenait bien vite à son cher laboratoire. Lorsque Madame Branly mourut, en 1927, il avait quatre-vingt trois ans ; il fut accueilli au foyer de sa fille Elisabeth et de son gendre, l'architecte Paul Tournon, 87 boulevard Saint Michel. Il y demeura jusqu'à sa mort. Longtemps encore, traversant dès lors le jardin du Luxembourg, il se rendit à son laboratoire, dont l'Institut Catholique lui avait accordé la jouissance sa vie durant. A ses petites-filles, Florence et Marion, il laissa le souvenir d'un "Bon Papa" souriant et détendu, mais qui ne plaisantait pas avec le travail. Les images de ses dernières années ont été dessinées avec ferveur par sa fille Elisabeth.

Mais à nos yeux et aux yeux de tous, le nom de Branly reste associé pour toujours à l'épopée des ondes électromagnétiques et de la radio. Il fait partie de ce quatuor de savants déjà évoqué, où chacun a joué un rôle éminent : l'anglais Maxwell, théoricien de génie : l'allemand Hertz, expérimentateur et interprète sagace des phénomènes ; le français Branly, découvreur et inventeur ; l'italien Marconi, organisateur et réalisateur. Ne croirait-on pas lire une page du palmarès de l'Europe ?

Professeur Philippe MONOD-BROCA

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